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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 06:49

EXCLUSIF LE POINT -

85 % des cliniques et hôpitaux ne pourront plus opérer certains cancers

Philippe Houdart, François Malye, Jérôme Vincent

85 % des cliniques et hôpitaux ne pourront plus opérer certains cancers

© WITT/SIP

 

 

ai 2011, 786 hôpitaux et cliniques sur les 920 pratiquant la chirurgie des cancers devraient cesser toute ou partie de leur activité. Oubliés, ces établissements qui opéraient seulement quelques tumeurs malignes chaque année, avec pour conséquence cette redoutable "perte de chance" pour les patients.

En exclusivité, Le Point a choisi de publier les listes de ces structures de soins qui, à ce jour, n'atteignent pas les seuils minimums d'activité fixés par un décret ainsi que par un arrêté officiels.

Ces documents, que ni le ministère de la Santé ni l'Institut national du cancer (Inca) n'ont l'intention de rendre publics dans l'immédiat, ont été bâtis à partir des données statistiques d'activité du PMSI (1) pour les trois dernières années disponibles (2005, 2006 et 2007). Six types de cancer sont concernés par ces seuils d'activité impératifs : les cancers digestifs, du sein, du poumon et du thorax, urologiques, gynécologiques et ORL.

Lepoint.fr publie ci-dessous les listes des hôpitaux et cliniques concernés pour les quatre premiers cancers cités. Ainsi, 306 hôpitaux et cliniques devraient arrêter la chirurgie des cancers du sein (soit 37 % des établissements la pratiquant), 199 la chirurgie cancéreuse digestive (23 % des établissements), 188 les opérations des cancers du poumon et du thorax (63 % des établissements) et 195 hôpitaux et cliniques celles des tumeurs urologiques (31 % des établissements).

"Une véritable révolution"

"L'application de seuils minima d'activité est une véritable révolution", estime le professeur Dominique Maraninchi, président de l'Inca et maître d'oeuvre de ce grand nettoyage. Ce cancérologue de renom applique ainsi l'une des mesures phares du Plan cancer lancé en 2003 par le président Jacques Chirac. Objectif : permettre à tous les patients d'avoir accès à des soins de qualité, alors que l'on constate des pratiques extrêmement disparates d'un établissement à l'autre, source de graves inégalités pour la chance de guérison des malades.

L'Inca, les spécialistes et les associations de malades comme la Ligue nationale de lutte contre le cancer se basent sur une évidence : "On ne fait bien que ce que l'on fait souvent, une pratique chirurgicale suffisante et régulière est nécessaire à une équipe pour assurer une prise en charge efficace." C'est forts de ce précepte que des seuils minimums annuels d'activité en chirurgie des cancers par établissement ont été officiellement établis en 2007, après plusieurs années d'âpres négociations. Deux ans plus tard, malgré les réticences de certains lobbies, la machine est enfin en marche.

Une activité minimale de 20 ou 30 interventions par an

Concrètement, tous les établissements de soins (hôpitaux, centres hospitaliers universitaires (CHU), cliniques privées) remplissent actuellement un "dossier promoteur" à destination de l'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH) dont ils dépendent, afin d'obtenir la précieuse "autorisation d'activité de soins de traitement du cancer". Les établissements doivent répondre à de nombreuses conditions en termes d'organisation, de personnel et d'équipement, mais ils doivent surtout réaliser, selon l'arrêté du 29 mars 2007, "une activité minimale annuelle de 30 interventions par an pour la chirurgie des cancers du sein, digestifs, urologiques et thoraciques, et de 20 interventions par an pour la chirurgie des cancers gynécologiques, ORL et maxillo-faciale". Une période intermédiaire est toutefois prévue par la loi. Sur les trois dernières années d'activité (2006, 2007, 2008), les établissements doivent atteindre 80 % au minimum des seuils d'activité, et bénéficient de 18 mois de mise en conformité pour atteindre les 100 %.

17.000 patients concernés

Le professeur Alain Grunfeld, qui vient de remettre au président de la République des propositions d'action pour la réalisation d'un nouveau Plan cancer, "souscrit totalement à cette politique de seuil minimum d'activité" et estime que c'est "un gain pour la qualité des soins qu'il faudra évaluer d'ici quelques années". "Près de 17.000 patients sont opérés en moyenne chaque année dans ces établissements, 57 % dans le privé, 43 % dans le public. Sans doute auraient-ils apprécié de connaître le niveau d'activité de l'établissement auquel ils se sont confiés, avant d'accepter de s'y faire opérer...

(1) PMSI : Programme de médicalisation des systèmes d'information, base de données regroupant sous forme informatique et anonyme l'ensemble des dossiers médicaux des hospitalisés, une année donnée.

Voici la liste des hôpitaux et cliniques qui ne pourront plus opérer certains cancers :

 


CANCERS DIGESTIFS (PARIS-ÎLE-DE-FRANCE)

CANCERS DIGESTIFS (PROVINCE / DOM-TOM)


CANCERS UROLOGIQUES (PARIS-ÎLE-DE-FRANCE)

CANCERS UROLOGIQUES (PROVINCE / DOM-TOM)

CANCERS DU SEIN (PARIS-ÎLE-DE-FRANCE)

CANCERS DU SEIN (PROVINCE / DOM-TOM)

CANCERS DU POUMON ET DU THORAX (PARIS-ÎLE-DE-FRANCE)


CANCERS DU POUMON ET DU THORAX (PROVINCE / DOM-TOM)


[Journalistes au Point , les auteurs de cet article, Philippe Houdart, François Malye et Jérôme Vincent, viennent de sortir Le Livre noir des hôpitaux (Calmann-Lévy, 262 pages, 18 euros), dont notre magazine s'est fait l'écho récemment. ]

Histoires de chasse...

mardi 21 avril | 10:53

Untel va nous expliquer que tel ou tel membre de sa famille a été mal soigné (faut il rappeler que certains cancers restent mortels, même entre les mains les plus expertes...) d'autres vont nous dire au contraire qu'il a été miraculeusement sauvé (alors que le pronostic était excellent dès le départ, pas moyen de savoir) tout cela ne fait pas avancer le débat... il serait temps que les Français comprennent que l'objectif premier de ces "réformes" de l'hôpital n'est pas de faire en sorte qu'ils soient mieux soignés, mais de faire des économies à n'importe quel prix et quelles qu'en soient les conséquences... la preuve, on ferme les petites maternités sous prétexte qu'un obstétricien qui ne ferait "que" 120 ou 130 accouchements par an ne serait pas assez performant par manque de pratique et en même temps on va habiliter les médecins urgentistes à pratiquer des accouchements parce qu'on sait très bien qu'avec les fermetures de maternités, un certain nombre de femmes vont accoucher aux urgences ou dans l'ambulance... autrement dit ceux qui osent invoquer la sécurité des patients pour justifier la démolition des hôpitaux sont des menteurs, un point c'est tout... tant pis pour vous qui vous réjouissez de ce qui se passe, vous allez bientôt vous réveiller en plein cauchemar thatchérien, et vous ne l'aurez pas volé...

Dr@rno

à 1984

mardi 21 avril | 09:23

J'imagine effectivement que la restructuration de ces services vise plus à réaliser des économies qu'à fustiger les mauvais praticiens. Tant que les médecins seront leurs propres juges (ou défenseurs), il sera toujours bon de pointer du doigt des établissements ou des organisations impersonnelles et d'amender l'évaluation personnelle. Je pense également que l'évolution de la démographie médicale n'est pas propice à une "saignée" des effectifs, alors qu'on annonce les pires scenarios de pénurie dans certaines spécialités et régions de France dans les années à venir. Je considère malgré tout qu'un mauvais médecin fera moins de tort dans un service compétent. J'imagine qu'au mieux, il profitera de l'expérience de ses confrères pour améliorer sa pratique, et qu'au pire, il fera les frais de la sélection naturelle.

1984

à Dr@rna

mardi 21 avril | 00:55

Vous ne pouviez pas savoir, donc vous ne pouviez rien faire. Et votre père a eu la chance que vous lui teniez la main. Je crains hélas que les motivations des pouvoirs publics ne visent pas les meilleurs soins pour tous. Je ne comprends pas comment ils basent leur projet sur le nombre d'opérations et pas sur les résultats de ces opérations. Ca voudra dire qu'un mauvais chirurgien n'aura qu'à se faire embaucher dans une structure "autorisée" pour pouvoir continuer à massacrer les patients ? Le "grand nettoyage" en question ne se fait donc pas sur la qualité des praticiens. Les mauvais ont encore de beaux jours devant eux.

Fred

Centralisation des savoirs

lundi 20 avril | 16:30

Centraliser les services de manière à les avoir plus performants et compétants, est je pense la seule façon d'avoir des soins très spécialisés... que font quelques km de plus pour être certain d'être soigné par des services spécialisés et qui journellement sont rôdés.

Dr@rna

@ 1984 triste illustration personnelle

lundi 20 avril | 15:12

1984, vous avez entièrement raison. Les morts ne portent pas plaintes, et leur parents n'ont pas souvent le courage d'aller à la procédure. Mon père est mort de la propagation d'un cancer qui a touché successivement poumon puis 5 ans après colonne vertébrale (à l'endroit même de la zone de radiothérapie). Je me souviendrai toujours des commentaires de deux des médecins ayant opéré ou soigné mon père. Le premier est le radiothérapeute d'un établissement de la région parisienne qui a refusé de refaire des rayons pour soigner la tumeur qui attaquait cette fois-ci la colonne vertébrale après la rechute. Ses mots ont été "si on lui fait ce traitement on le tue"... Le deuxième spécialiste est un chirurgien orthopédique spécialiste des cancers d'un hôpital parisien et qui fut chargé de la 4e opération du dos (en 1 an) de mon père. Après l'opération, elle me recevait pour me dire, "que si elle s'en était occupé avant, elle aurait pu enlever toute la tumeur". Trop tard, j'apprenais du même coup la condamnation de mon père et qu'il aurait put être sauvé... Cela fait 2 ans que mon père est parti. Il est avant tout mort (à 58 ans) de sa longue vie de fumeur mais je garde une réelle amertume de n'avoir rien fait de plus que de lui tenir la main... J'espère que cette réforme perdurera, quitte à ce que les patients face 30 ou 50 km de plus pour sauver leur vie.

Xy

Les chiffres...

lundi 20 avril | 14:09

Encore une grande aberration technocrate. On fixe un seuil par établissement sans se soucier du nombre de praticiens qui opèrent. Un établissement qui opère 31 cancers du sein avec 3 chirurgiens gyneco (10.33 cancers/an/chirurgien) aura le droit de poursuivre son activité et l'établissement qui n'aura malheureusement qu'un chirurgien gyneco qui en opère 29/an n'aura plus le droit parce qu'il est "moins compétent", alors qu'il en fait presque 3 fois plus que dans le premier ! vaste blague.

1984

Incompétence légale

lundi 20 avril | 08:48

Ce qui saute aux yeux, c'est quand meme que selon le ministere et l'institut, des chirurgiens bas de gamme pratiquent depuis toujours et dans des conditions bas de gammme. "Objectif : permettre à tous les patients d'avoir accès à des soins de qualité, alors que l'on constate des pratiques extrêmement disparates d'un établissement à l'autre, source de graves inégalités pour la chance de guérison des malades." "(actuellement) Les établissements doivent répondre à de nombreuses conditions en termes d'organisation, de personnel et d'équipement", et ce, dans "786 hôpitaux et cliniques sur les 920 pratiquant la chirurgie des cancers". Et donc que les pouvoirs publics et les spécialistes de la question ont laissé la grande majorité de "Près de 17.000 patients (qui) sont opérés en moyenne chaque année dans ces établissements, 57 % dans le privé, 43 % dans le public" se faire charcuter dans les conditions les + dangereuses et de "graves inégalités pour la chance de guérison des malades". Nous expliquerons cela à nos morts du cancer, ils seront contents d'apprendre que l'Etat et les specialistes savaient qu'ils ne s'en sortiraient pas et ont laissé faire.

staff

L'avenir...

samedi 18 avril | 19:49

Voilà, voilà une nouvelle bien technocratique, scellée par les enarques [...]... ras la casquette si l'on peut dire. Alors, en fait voici le monde idéal qu'ils nous préparent : les médecins, écoeurés par ces bureaucrates vont tous passer en secteur 3, en tout cas les spécialistes: les français auront alors le déplaisir de constater les prix multipliés par 10 et bien sur ... non remboursés. Évidemment, les medias s'empresseront de stigmatiser ces vilains docteurs mais le mal sera fait. 2020, 25 dites vous ... non dans les 5 prochaines années. Messieurs les technocrates, merci pour les revenus médicaux et un bel enterrement de la sécu...

DAN

HOPITAUX/CLINIQUES

samedi 18 avril | 08:57

Heureusement que Le Point est là pour nous informer. On sait maintenant où on peut mettre les pieds ( ou autre chose ) en prenant le moins de risque possible. On sait aussi où il faut éviter d'aller et, dans certains endroits, quels chirurgiens il faut éviter si tant faire se peut . Dans ma région si vous devez aller aux urgences les pompiers vous amènent obligatoirement dans un hôpital qui 1/ est en quasi faillite et 2/ où il faut avoir la chance d'éviter deux chirurgiens dont les noms sont connus de tous les professionnels de santé. Je connais bien cet endroit car ma femme s'est fracturé le tibia/péroné l'été dernier et a eu la chance d'avoir à faire à un des bons chirurgiens. Cela dit, le monde entier reconnaît la qualité de nos médecins et il ne faudrait pas tout remettre en cause par des mesures non adaptées. Mais il faudrait que les médecins adhèrent à la formation continue et acceptent d'être évalués comme cela se pratique par exemple dans l'aviation ( simulateur, examens médicaux ).

Dr Maison

Un dernier mot

samedi 18 avril | 08:55

Une dernière réflexion : le problème n'est pas de dire qui travaille moins que qui, mais plutôt, forcer les pouvoirs publics à faire ce qui est impopulaire : fermer des services voire des hôpitaux qui n'ont plus lieu d'être. Ce système datant d'un période fastueuse où chacun voulait son hôpital. Désormais, le système routier s'est tellement amélioré que les hôpitaux sont plus largement accessibles. On ne licencie personne, on regroupe tout en superstructures et les économies seront significatives. Le privé le fait déjà depuis toujours. Le secteur public devrait pouvoir le faire, non? ;-)

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