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Quand demander un examen génétique devant une maladie de Parkinson ?
Par Nathalie Rouaix (CHRU de Lille), Pierre Krystkowiak (CHU d’Amiens), Bernard
Sablonnière (Inserm U837, Lille)
Résumé
La maladie de Parkinson est la maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Sa prévalence dans la population âgée de plus de 65 ans est d’environ 2%. Elle est définie
par un syndrome clinique associant akinésie, rigidité musculaire et tremblements de repos, accompagnés parfois au cours de l’évolution de la maladie de troubles cognitifs. Cette maladie
caractérisée par une destruction des neurones dopaminergiques de la substance noire, s’accompagne d’une baisse du taux de dopamine dans le striatum, un neurotransmetteur essentiel de la
régulation des mouvements. L’étiologie de cette maladie reste inconnue et les mécanismes de mort neuronale sont encore l’objet de nombreuses études.
Depuis 1997, la découverte de formes familiales de la maladie a permis d’identifier des gènes dont les mutations sont responsables du syndrome Parkinsonien. Nous allons résumer ici l’intérêt de
ces découvertes dans la stratégie diagnostique à conduire devant un syndrome Parkinsonien.
Des formes clinico-génétiques variées
La maladie de Parkinson est une maladie multifactorielle associant l’influence de facteurs environnementaux et génétiques. Dans la plupart des cas, elle survient de façon sporadique avec une
prévalence maximale entre 65 et 80 ans. Environ 10% des cas apparaissent dans un contexte de transmission familiale, soit du type autosomique dominant, soit du type autosomique récessif.
1 Dans ces formes familiales, l’âge de début des symptômes est souvent plus précoce que celui rencontré dans les formes sporadiques. Dans ces formes dites monogéniques, les études
menées depuis 1997 ont démontré l’existence de différents gènes impliqués, 9 loci dont 7 gènes identifiés (synucléine, parkine, PINK-1, DJ-1, UCHL-1, LRRK2 ou dardarine, ATP13A2), voir
Tableau. Des mutations affectant les gènes de la parkine, de PINK-1 et de DJ-1 sont responsables d’environ 50% des formes récessives,2-4 alors que les mutations des gènes de
l’α-synucléine et de LRRK2 sont retrouvées chez 5% des formes autosomales dominantes en Europe. 5-6
Les formes à transmission autosomique récessive
Dans les formes autosomiques récessives, on observe assez fréquemment un âge de début précoce. Dans ces formes, on observe surtout des mutations affectant les gènes parkine, PINK-1 et DJ-1.
Décrites à l’origine dans des familles japonaises, les mutations du gène de la parkine représentent une étiologie assez fréquente (environ 50%) des formes familiales à début précoce, en
particulier chez les formes autosomiques récessives.
Différentes études ont décrit le tableau clinique des patients atteints de ces mutations, dans la population européenne. Le syndrome se manifeste par un parkinsonisme répondant à la L-DOPA, de
progression assez lente, avec apparition fréquente de fluctuations motrices, de dyskinésies et de dystonie. L’âge moyen de début est de 32 ans, avec une prévalence faible (5%) chez ceux dont les
symptômes débutent après 45 ans. Plus d’une centaine de mutations incluant surtout des mutations ponctuelles mais aussi des altérations de dosage (duplications/triplications/délétions) ont été
décrites. Les mutations faux-sens affectant les domaines fonctionnels du gène entraînent souvent une forme clinique à début très précoce. 7 Les mutations du gène PINK-1 sont beaucoup
plus rares, représentant environ 2% des cas à début précoce. L’âge moyen de début des symptômes est compris entre 30 et 40 ans.8 Les mutations du gène DJ-1 représentent une autre cause
très rare de forme autosomique récessive. La progression et la présentation des symptômes sont identiques à celle des autres étiologies de transmission récessive. Au total moins d’une dizaine de
familles ont été décrites. 9
Les formes à transmission autosomique dominante
Parmi les cas à transmission autosomique dominante, deux gènes responsables ont été identifiés dans plusieurs familles. Le premier codant l’alpha-synucléine, fut également le premier découvert à
l’origine de causes familiales de la maladie. Les mutations de ce gène, peu nombreuses (3 mutations faux-sens mais aussi quelques duplications et triplications), correspondent à de rares formes
familiales puisque moins de dix familles portant ces mutations ont été décrites.10
La
présentation clinique est variable depuis une forme typique jusqu’à des formes associées à une démence à corps de Lewy. La progression semble plus rapide que dans les formes sporadiques et l’âge
de début moyen est compris entre 35 et 45 ans. L’identification de ces mutations est intéressante, puisque le produit du gène est l’un des constituants fibrillaires les plus importants retrouvés
dans les corps de Lewy. Cependant, des mutations ponctuelles ou des mutations affectant le dosage génique de l’alpha-synucléine n’ont pas été observées dans les formes sporadiques de la
maladie.11
Un autre locus responsable (PARK8) fut identifié dans une grande famille japonaise. Dans cette forme familiale où les patients présentent un syndrome parkinsonien typique débutant vers l’âge de
50 ans, de multiples mutations ponctuelles du gène LRRK2 ou dardarine ont été décrites
. Ce gène est responsable d’un pourcentage significatif d’environ 20% des formes autosomiques dominantes, mais cependant variable selon l’origine ethnique, avec des valeurs assez élevées (20 à
40%) dans les familles d’origine juive ashkénaze ou séfarade ainsi que chez les Arabes d’Afrique du nord. 12
Une mutation particulière G2019S fut détectée dans différentes populations juives et arabes, avec un effet fondateur, représentant 5 à 6% des cas de transmission dominante et fut même observée
dans 1% des formes sporadiques de la maladie. 13 Ces observations soulignent la pénétrance variable de cette mutation dont la pathogénicité reste à éclaircir.
Autres gènes et loci responsables de formes familiales
D’autres gènes et loci ont été identifiés ou localisés comme responsables de formes familiales, cependant leur rôle pathogénique reste encore controversé. Ainsi le locus PARK3 en 2p13
correspondrait probablement à un gène de susceptibilité, 14 celui de la sepiaptérine réductase. D’autre part, une mutation faux-sens du gène UCHL-1 a été observée dans une famille
d’origine allemande. 15 Enfin, d’autres loci ont été décrits, mais les gènes correspondants sont soit inconnus, soit leur identification reste à confirmer (tableau).
Principales caractéristiques des formes monogéniques de la maladie de Parkinson
|
Désignation |
Locus |
Gène |
Transmission |
Age de début |
Progression |
|
PARK1/4 |
4q21-33 |
α-synucléine |
AD |
variable |
variable à sévère |
|
PARK2 |
6q25.27 |
parkine |
AR |
précoce |
très lente |
|
PARK5 |
4p14 |
UCH-L1 |
AD |
50 ans |
inconnue |
|
PARK6 |
1p35-p36 |
Pink1 |
AR |
précoce |
lente |
|
PARK7 |
1p36 |
DJ-1 |
AR |
précoce |
lente |
|
PARK8 |
12p11.2-q13.1 |
LRRK2 |
AD |
tardive |
inconnue |
|
PARK9 |
1p36 |
ATP13A2 |
AR |
précoce |
inconnue |

Date de publication : 14-03-2008